La nouvelle a été très mal accueillie par la presse italienne : l’accord d’actionnariat signé entre Fincantieri et l’État français pour le rachat des chantiers navals de Saint-Nazaire est remis en question par Emmanuel Macron. Le 31 mai, au cours de l’inauguration du paquebot MSC Meraviglia, le président de la République a déclaré qu’il souhaitait « que les équilibres de principe trouvés en avril 2017 puissent être revus », et que « l’indépendance et la souveraineté stratégique de [la France] soient, par ce nouvel actionnariat, garantis ».

Le premier accord devait permettre à Fincantieri de reprendre 48% du capital de STX France, épaulé par un autre investisseur italien, la Fondazione Cassa di Risparmio di Trieste (7%), tandis que l’État français conserverait une minorité de blocage (33%) et que le groupe militaire public DCNS entrerait au capital à hauteur de 12%. Si le président ne remet pas en cause l’investissement de Fincantieri, déclarant se réjouir « d’un rapprochement industriel entre STX France et Fincantieri qui matérialise la force de l’Europe, l’excellence de la relation entre [la France et l’Italie] », il est probable qu’il se prononce contre l’entrée au capital de la fondation italienne, jugée peu indépendante de Fincantieri.

D’après le quotidien Le Monde, le schéma de reprise élaboré par l’Élysée prévoirait le retrait de la FCdR Trieste, et l’entrée au capital des deux principaux clients des chantiers navals, MSC et RCCI, qui avaient déjà proposé au cours des mois précédents des projets alternatifs. Les deux armateurs auraient tout intérêt à obtenir une participation dans les chantiers navals de Saint-Nazaire : la reprise de STX France par Fincantieri signifierait la création d’un duopole dans la construction des grands paquebots de croisière, entre Fincantieri et Meyer Werft.

La déclaration d’Emmanuel Macron a provoqué des réactions très vives dans la presse italienne, qui y a vu un interventionnisme malvenu pour un président libéral et européiste, voire la trahison de l’engagement du gouvernement précédent. L’entrée au capital de l’armateur MSC pose notamment question. « Du point de vue de l’éthique du marché, cela ferait désordre », explique à Libération Guglielmo Epifani, président de la commission parlementaire des activités productives. « Faire entrer dans l’actionnariat d’un groupe comme STX certains de ses clients, c’est ouvrir la porte aux conflits d’intérêts. MSC par exemple, parlera-t-il en tant que client ou producteur ? ». La presse italienne note notamment qu’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, était auparavant directeur financier de MSC.

Les négociations vont se poursuivre jusqu’à la fin du mois de juillet, date jusqu’à laquelle l’État peut faire valoir son droit de préemption sur STX France. Pour le président de la République, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, « aura dans les prochaines semaines avec l’ensemble des parties prenantes de ce dossier à négocier les équilibres pour préserver à la fois tout le sens d’un partenariat stratégique entre la France et l’Italie, mais pour préserver [la] souveraineté industrielle [de la France], le savoir-faire de [ses] chantiers et pour préserver l’emploi et les intérêts de l’économie régionale. »

Pour en savoir plus :

Mer et Marine :  Vente de STX France : Macron choisit de renégocier avec les Italiens

La Tribune : MSC et RCCL : l’étrange choix d’Emmanuel Macron pour STX

Le Point : Emmanuel Macron veut « revoir l’actionnariat » des chantiers de Saint-Nazaire

Il Corriere della Sera : Fincantieri in Francia: i Macron italiani si facciano sentire

Il Corrierre della Sera : Fincantieri, i paletti di Macron: « Voglio altri soci in STX France »

La Stampa : Macron gela Fincantieri. “Rivedere gli accordi su Stx”

Le Monde : MSC : « Nous ferons tout pour éviter que Fincantieri ne pille Saint-Nazaire »

Le Monde : STX : le nouveau schéma de reprise élaboré par l’Etat

Il Giornale : Macron frena Fincantieri: « Rivedere l’accordo Stx »

Libération : STX : l’interventionnisme de Macron contre Fincantieri passe mal en Italie

 

La reprise de STX France par Fincantieri sur IREFI : 

Fincantieri : le futur « Airbus des mers »

Saint-Nazaire : « Ficantieri n’a pas une âme colonialiste »

Le Gouvernement donne son accord de principe pour la reprise de STX France par l’italien Fincantieri

Chantiers de Saint-Nazaire : accord sur le prix entre Séoul et Fincantieri

Vente de STX à Fincantieri : Coup de bluff ? L’État français serait prêt à nationaliser les chantiers navals

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